
Elle s’assoupit quelques secondes pour s’éveiller épouvantée, le toit de sa maison s’effondrait sous ses yeux, ses trois enfants autour d’elle criaient leur peur. Aussitôt, elle se composa un visage calme et se levant, elle les entraîna un peu plus loin dans le jardin dévasté en leur disant dans l’obscurité illuminé par les sinistres missiles sionistes : Alhamdullillah, nous sommes encore vivants mes enfants, louons Allah pour avoir pris la décision de passer notre nuit dehors, voyez notre maison qui est parti en miette.
Leurs regards apeurés perdirent peu à peu l’effet du choc mais l’aînée fit avec raison :
-Nous n’avons plus de toit désormais et nous ne pouvons rester ici maman, l’ennemi peut nous frapper encore.
Elle acquiesça et fit le ton résolu :
-Il reste encore deux heures pour que le jour se lève, nous devons dormir prendre des forces car nous allons marcher longtemps mes enfants.
-Pour aller où ? S’enquit le petit dernier.
-Tu le saura s en temps opportun mon chéri, dors stp, je suis là et inshâallah rien ne nous arriveras.
Ainsi réconfortés, les trois enfants dormirent bientôt laissant leur mère en proie à une angoisse légitime.”Où aller dans ces conditions infernales ?”
Deux ans de guerre continu tout Gaza a été détruit, qui parmi ses proches étaient encore vivants et quand bien même elle le savait, où les trouver avec ces mouvements d’exode intensifs et incessant ? Son mari mort en martyre lieutenant dans la résistance Palestinienne, elle devait penser à elle et à leurs enfants “Tu es parti et je dois pouvoir les protéger sans toi sans ta présence protectrice sans ton intelligence et ton sens de l’honneur et de la responsabilité”Se disait-elle semblant converser avec l’âme de son mari par delà la barrière de la mort. Elle dut se résoudre à dormir, elle aussi avait besoin de repos si court qu’il soit pour affronter l’horreur du jour à venir.
Une fois le soleil haut dans le ciel, le mouvement des enfants réveillés la tira d’un lourd sommeil. Elle fit tout de suite un constat, plus rien ne restait de la maison et elle avait bien fait la veille de prendre tout ce qui était précieux comme ses propres bijoux, l’argent elle l’avait dépensé tout entier durant tous ces centaines de jours de guerre, tout ce qui lui restait ce sont ces bijoux, une garantie de survie dans le chaos de Gaza et elle devait économiser le plus possible en les vendant ou en faisant des échanges. Dans une conjoncture où tout était dévalorisé, elle savait que la somme qu’elle aurait tiré de ses joyaux ne représenteraient pas leur valeur authentique et la question qui se posait à présent à qui faire confiance pour s’adresser à lui et vendre ? Dans un sac à roulette, elle avait fourré tout leur habit et cueillie des olives mûrs à leur olivier et elle se mit en route en prenant sur elle les trois couvertures avec lesquelles ils pouvaient décemment se couvrir dans cet hiver froid. Elle ne regarda pas derrière, la maison détruite faisait partie du passé et elle devrait donner l’exemple aux trois petits, le petit se souvint de sa question et interrogea à nouveau sa mère :
-Où allons-nous maman ?
Que lui dire, elle dut en une fraction de seconde cherchait une réponse :
-Nous sommes en route pour voir ton grand-père à Rafah !