Tales Nouvelles

Non, nous appartenons à deux mondes qui s’opposent…

Par Afaf Aniba

Elle était arrivée dans ce pays étranger pour un stage de un an, le studio que le laboratoire de recherche lui avait loué était exigu, même pas l’espace étroit d’une cuisine et à cause cela elle s’était habituée à choisir la table d’un restaurant placé dans un coin d’une terrasse cerné d’arbres en pots. Chaque matin, elle venait prendre son petit-déjeuner à l’abri des regards, seule, perdue dans son carnet électronique revoyant les rapports journaliers qu’elle rédigeait à chaque fin de journée de formation. L’esprit scientifique, elle examinait la vie dans ce pays étranger avec un regard critique mais aussi charmé. La verdure était partout jusque dans son studio où un grand arbre trônait au milieu de l’unique pièce surmonté d’une fenêtre tabernacle.

Un matin, ayant réservé sa table pour tout son séjour, elle fut grandement étonnée en découvrant un magnifique bouquet  de rose et de chèvrefeuille. Quand, elle passa sa commande, elle interrogea le garçon :

-Ce bouquet ne m’appartient pas, que fait-il ici ?

L’employé fit l’air indifférent :

-Je ne le sais pas, quelqu’un a du le mettre là.

-Qui est ce quelqu’un ?

L’autre fit un geste d’ignorance.

Elle se résigna à prendre son café tout en humant le parfum des fleurs, en repartant, elle n’emporta pas avec elle le bouquet.

En revenant, le lendemain, à nouveau, elle trouva un bouquet frais composé des mêmes roses et chévrefeuille de la veille, cette fois-ci elle sentit sa curiosité piqué au vif. Elle s’abstint toutefois de s’en enquérir auprès du garçon qui apporta son petit-déjeuner matinal. Hier elle avait omis  de voir de près ce bouquet, le prenant, elle chercha une carte épinglé dessus : rien. Comment expliquer la chose ?

Elle n’avait aucune réponse et son imagination lui faisait défaut cette fois-ci.Puis, elle décida de s’en désintéresser. Et pourtant, toute la semaine, elle avait sur sa table au restaurant du quartier ce bouquet qui devint pour elle familier, elle avait beau regarder autour d’elle, dévisager les locataires de son immeuble ou arriver tôt à sa table réservé pour débusquer l’auteur du bouquet, toutes ses tentatives s’étaient heurtés à un échec. Finalement, elle renonça à chercher et considéra la chose comme plaisante, pas plus. Les semaines et les mois passaient, elle travaillait dur dans la formation qu’elle recevait dans l’un des plus prestigieux laboratoires pharmaceutiques du pays et elle avait noté en passant que le comportement de son supérieur et des ses collègues était quelque peu condescendant, elle ne s’en offusquait pas, elle était originaire d’un pays émergent et la quête du savoir chez elle avait un long chemin à parcourir avant de rattraper le pays hôte. Dans ses texto à son frère, elle avait fait cette remarque “Les gens ici ont une piètre idée de notre volonté de s’en sortir, mais voilà ce qu’ils pensent de nous, nous est complètement égal.”

Il lui restait deux mois avant de rentrer dans son pays, en s’attablant ce matin là à son premier repas, elle ne vit pas le bouquet :”Enfin, se dit-elle, j’en suis délivrée” Au moment où s’apprêtait à se lever, elle avait encore une vingtaine de minute de trajet à faire, elle vit un homme s’avancer vers elle avec le meême bouquet dans ses mains, Elle s’immobilisa stupéfaite :

-Bonjour, désolé, j’ai failli vous rater il y a eu une circulation intense ce matin, c’est pourquoi les fleurs sont en retard, lui dit-il.

Elle ne croyait pas ses yeux :

-Vous ! Finit-elle par s’exclamer.

-Oui moi, fit-il simplement.

-Voulez-vous asseoir, le patron va arriver dans une heure et demi au labo, donc nous avons le temps, lui suggéra-t-il.

Fronçant les sourcils, elle fit :

-Le temps pour quoi ?

-Pour s’expliquer, fit-il bref.

Elle demeura debout hésitante, elle n’aurait jamais soupçonné ce médecin spécialiste qui venait de temps en temps supervisait une série d’expérience mené par elle et son groupe, il ne lui avait presque jamais parlé et à peine si il l’avait remarqué parmi tous les autres.

-Je vous en prie asseyez-vous, fit-il le ton insistant

-Vous pouvez vous expliquer sans avoir besoin qu’on s’asseoit, répliqua-t-elle en regardant sa montre et elle reprit :

-Pourquoi ces bouquets Docteur ?

-Tout simplement pour vous dire mon intérêt à votre encontre et vous prouvez que nous ne sommes pas tous imbu de notre complexe de supériorité, lui répondit-il.

Elle évita de sourire et dit :

-Comme procédé c’est coûteux, toute une année avec chaque jour un bouquet frais.

-Les fleurs ici ne coûtent pas cher.

Elle fit un geste de la tête compréhensif :

-Dans moins de huit semaines, vous allez repartir, n’est ce pas ?

-Oui.

Et si je vous demanderais de rester ?

De surprise, elle recula :

-Rester mais pourquoi, je vous en prie docteur vous êtes mystérieux, allez droit au but, le temps presse, fit-elle vivement.

-Les bouquets de fleurs sont ma manière à moi de vouloir lier mon sort au tien, fit-il d’emblée.

Là, elle ne put s’empêcher de rire et très vite déclara :

-Au risque de vous froisser et de vous choquer mais je vais être clair, vous et moi nous appartenons à deux mondes qui s’opposent, mon devenir est là-bas dans mon pays et je dois vous avouer que vos bouquets ont adoucis mon séjour parmi vous mais ma réponse définitive et convaincue, c’est non docteur.

Elle vit qu’il avait accusé le coup avec sang-froid et ne voulant plus s’attarder, elle le contourna tout en lui disant :

-A tout à l’heure docteur.

Et elle partit d’un bon pas.

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